2/C)Le chocolat est-il une drogue ?

   

   La définition possible du mot drogue peut se rapporter à ces divers caractères :

Tout produit librement consommé au-delà ou en surplusdes besoins physiologiques d'un individu qui apporte (au moins au début) un plaisir physiologique ou psychologique, suite à une modification de l'activité cérébrale :

a) Lorsque cette consommation ou cette activité perturbe les attributs, le potentiel, les actes d'un individu dans son appartenance sociale, familiale.

b) Lorsque cette consommation ou cette activité agresse son intégrité physique ou psychique.

c) Lorsque cette consommation ou cette activité a un caractère répétitif.

d) Lorsque son arret entraine un état de manque (dépendance).

 

 

 

a/ Un plaisir psychologique, suite à une modification de l'activité cérébrale.

 

(scanne de la feuille de cannabis)

                                Des chercheurs ont réalisé une expérience qui consiste à

                                 donner du chocolat à 15 cobayes, dont ils mesurent

                                 l'activité cérébrale par tomographie, procédé de

                                 radiographie permettant d'obtenir une image nette d'un

                                 seul plan de coupe d'organe, avec effacement des

                                 autres plans. Au début, les sujets mangent du chocolat

                                 et la sensation est agréable. Une activité intense

                                 apparaît dans une partie spécifique du cerveau, (enregistrement ci-dessous), celle-là même qui est stimulée par les drogues.

 

 

   Mais plus la consommation de chocolat augmente (certains ont absorbé jusqu'à 75 carrés), plus le plaisir cède la place au dégoût. Et on note un changement d'emplacement de l'activité cérébrale. Cette étude, permettrait d'expliquer des phénomènes tels que la toxicomanie.

Cette expérience confirme l'action des composants du chocolat sur le cerveau, donc sur le comportement de l'individu de la même façon qu'une drogue. Elle provoque un sentiment de bien être, de plaisir, comparable au cannabis.

 

   b/ Une consommation ou une activité à caractère répétitif

    

   Le chocolat et la marijuana auraient un point commun. Le désir intense d'une barre de chocolat ne serait pas du seulement au goût et à la texture, mais aussi à un sentiment de bien-être accru, similaire à celui produit par les cannabinoides présents dans le cannabis.

Tout d'abord, nous avons dans le cerveau des récepteurs de cannabinoides qui captent une molécule appelée anandamide produite par le cerveau. Cette molécule (un neurotransmetteur impliqué dans le système endogène des récepteurs cannabinoides du cerveau) s'apparenterait au fameux THC (tétra hydrocannabinol) qui est la substance qui produit l'effet lié au cannabis. Les anornotamides, classe de molécules qui contribuent encore à la stimulation du système dopaminergique. Ce sont des acides gras analogues à la THC, substance active du cannabis, qui se fixe sur les mêmes récepteurs que la THC (responsable du sentiment de bien-être).

Le rôle naturel de l'anandamide n'est pas de nous mettre dans un état euphorique 24 heures sur 24, mais servirait plutôt à moduler l'humeur, l'appétit et la douleur.

Dans le chocolat, et plus précisément dans la poudre de cacao, il y a trois composants qui font partie de la famille des N-acétyléthanolamine. Ces composants prolongeraient l'action de l'anandamide sur les récepteurs.

 

 

   c/ Protocole expérimental : Conduite addictive à la consommation du chocolat.

 

 

  

   Conduite addictive : servitude d'un sujet à l'usage d'un produit.

Test à effectuer dans la classe en début d'exposé.

Problématique : la consommation de chocolat entraîne-t-elle un désir irrésistible chez les sujets testés et dans quelle proportion ?

Matériel et méthodes : des carrés de chocolat de deux marques différentes mais de même teneur en cacao sont proposés à des volontaires.

On leur demande de trouver la marque qui a la teneur en cacao la plus forte, pour détourner leur attention du but de l'expérience.

Les chocolats sont laissés devant chaque sujet pendant 15 minutes sans préciser la quantité à consommer.

En fin d'expérience, on compte les carrés de chocolat restant devant chaque testeur.

 

   La chocolatomanie :

 

La chocolatomanie peut se définir comme le besoin irrépressible de consommer une quantité importante de chocolat chaque jour. Le consensus minimal est de 50 grammes par jour. Ce sont les femmes qui représentent plus des trois quarts des sujets concernés dans les études.

La majorité des chocolatomanes présentent des antécédents dépressifs. Ils déclarent que le chocolat augmente leur énergie, leur procure du plaisir et un sentiment de détente. Ils signalent également un effet anxiolytique. La population des chocolatomanes se distingue de celle des boulimiques par le fait qu'ils ont majoritairement un IMC normal, ne vomissent pas et conservent dans l'ensemble une structure " traditionnelle " de repas. La consommation de chocolat est vécue entre recherche de récompense et culpabilité.

Des travaux ont tenté de corréler les compulsions les plus fréquemment observées aux substances psychoactives du cacao. Il s'agit notamment de la tyramine, de la phényléthylamine ainsi que de la caféine et de la théobromine.

Plusieurs conditions sont nécessaires pour que ces substances puissent jouer un rôle au niveau du cerveau.

 

- Elles doivent être présentes dans le cacao à dose stimulante, voire euphorisante.

- Les mêmes compulsions doivent pouvoir être observées avec tous les aliments qui les contiendraient et pas avec ceux qui ne les contiendraient pas.

- Les compulsions doivent pouvoir être réduites par l'ingestion des substances actives en l'absence de l'aliment (ici, le chocolat) pour lequel le sujet éprouve ces besoins compulsifs.

- Divers arguments plaident en faveur du caractère non addictif du chocolat.

- Le fait qu'il n'y ait que la caféine et la théobromine qui puissent atteindre le cerveau en quantité suffisante pour être psychoactives.

- Le fait que les substances psychoactives du chocolat soient présentes dans une grande variété d'aliments.

- Le fait que les capsules de placebo ne modifient pas d'avantage les compulsions au chocolat que la poudre de cacao prise isolément.

- ... En fin de compte, le chocolat reste mystérieux en raison de propriétés nombreuses et complexes. C'est un antidépresseur et un euphorisant léger. Il peut apporter du réconfort à des sujets fragiles qui connaissent une mauvaise passe. Accessible et anti-stress et d'un rapport cout-éfficacité inégalable, il stimule nos systèmes de récompense, dopamine certes, mais aussi sérotonine et surtout endorphines.

En somme le chocolat a tout pour plaire, ce qui n'est pas étonnant pour un produit qui comporte plusieurs centaines de composants !

Comme le disait un anonyme : " le chocolat est meilleur marché qu'une thérapie et on n'a pas besoin de rendez-vous " .

 

 

   d/ Consommation excessive de chocolat et toxicomanie

 

 

   Une recherche effectuée au CHU de Saint Etienne en 1997 tente de répondre à cette question. : l'étude porte sur quinze personnes volontaires du milieu médical de 18 à 49 ans se déclarant avoir " une importante consommation de chocolat et se sentant dépendant de ce produit ". Aucun n'avait de surcharge pondérale.

Le sentiment de perte de contrôle lors de la consommation de chocolat est présent dans la majorité des sujets. Cette absorption est vécue comme une récompense, mais la peur d'une prise de poids entraîne un sentiment de culpabilité ; ceci parait proche d'une compulsion alimentaire voisine des conduites alcooliques, tabagiques ou toxicomaniaques. Les sujets présentent un sentiment de vide incompréhensible qui les amène à manger, puis une perte de l'estime de soi secondaire à ce manque de maîtrise alimentaire, induisant à son tour des mécanismes compensatoires de recours à la nourriture. De nombreux auteurs notent que les sujets grands consommateurs de chocolat ont eu au moins un épisode dépressif ou des troubles anxieux au cours de leur vie. La proportion semble bien supérieure à celle de la population générale qui est de l'ordre de 6,4 %. Dans l'étude présentée, la surconsommation de chocolat est surtout nette en période d'examen pour les étudiants, ou le soir en rentrant du travail dans le but d'évacuer le stress de la journée. Par contre l'aspect additif apparaît peu :

- La consommation quoique chronique reste modérée,

- Il n'y a pas de corrélation entre la consommation de chocolat et celle de café, thé, alcool, tabac et substances stimulantes,

- Il n'y a pas d'augmentation de dose avec le temps ni gêne sociale,

- Les symptômes de manque décrits par une minorité de sujets sont des troubles psychiques mineurs : anxiété, irritabilité, " déprime " et troubles du sommeil.

Seule la peur de prise de poids associée à la notion de perte de contrôle dans la consommation de chocolat a pu faire parler d'addiction par certains auteurs. Les sujets s'identifiant comme " chocolatomaniaques " ont une consommation moyenne de 50 grammes de cacao pur par jour (soit _ de tablette de 100 grammes) et ne souffrent pas de troubles du comportement alimentaire au sens strict du terme, mais représentent vraisemblablement un échantillon de personnes psychologiquement vulnérables chez lesquels les antécédents dépressifs et anxieux sont fréquents.

Le cacao est alors utilisé comme psychotrope léger capable de soulager ou de prévenir un sentiment de souffrance psychique
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